Internet
«On veut éduquer nos utilisateurs»
Les opérateurs français misent sur l'aide aux abonnés.

Par Laure NOUALHAT

Le mardi 19 février 2002




«Le haut débit, c'est un peu comme si on donnait une Formule 1 à tout le monde. Or tout le monde ne peut pas conduire une F1.» Yves Parfait, PDG de Wanadoo Interactive

  En France aussi, les six cent mille abonnés à l'Internet rapide subissent parfois les assauts de pirates, comme le reconnaissent les deux principaux fournisseurs d'accès haut débit dans le pays (Noos pour le câble, Wanadoo pour l'ADSL). «Nos clients se plaignent souvent de tentatives d'intrusion sur leurs disques durs», indique Yves Parfait, PDG de Wanadoo Interactive.

Avec le haut débit, les con nexions sont permanentes. Et pour une machine, être toujours branchée sur le Web, c'est accroître sa vulnérabilité à des attaques. Sans compter les nouveaux usages dont raffolent les internautes «rapides», comme l'échange de fichiers, où chaque ordinateur est offert au regard d'éventuels intrus. «On ouvre son disque dur sciemment, ou sans le savoir», note Yves Parfait.

Pots de miel. Assaillies régulièrement, les machines des clients de Noos et Wanadoo ne sont pas forcément protégées. «Le grand public visé par les offres haut débit est peu averti, je pense que c'est aux opérateurs de jouer la carte de la sécurité», estime Hervé Schauer, expert en sécurité informatique.

Pour les deux opérateurs, il est impossible de sécuriser un réseau de centaines de milliers d'abonnés, même s'ils font quelques efforts de pédagogie. «On veut éduquer nos utilisateurs» précise Yves Parfait. «Le haut débit, c'est plus rapide, ce qui veut dire qu'on conduit plus vite, un peu comme si on donnait une Formule 1 à tout le monde. Or, tout le monde ne peut pas conduire une F1.» Pour aider à la conduite sportive, les deux concurrents déploient une batterie de moyens: assistance technique permanente, topos sur la sécurité, conseils pour se protéger, alertes sur les virus, analyse des programmes (sont-ils oui ou non vérolés?), mise à jour automatique des antivirus, etc.

Noos et Wanadoo donnent aussi la possibilité à leurs abonnés de déverser leurs plaintes dans une boîte électronique pour dénoncer les comportements «bizarres». Ensuite, grâce à l'adresse IP (l'identifiant d'un ordinateur connecté au réseau), l'opérateur remonte jusqu'à la machine incriminée, histoire de sermonner le fautif. Pour coincer les récidivistes, Wanadoo utilise des pots de miel (les «honeypots») en guise de leurre. «On se réserve une machine sur notre réseau pour attirer les pirates. En cas d'intrusion, on signale qu'on les a repérés. S'ils sont clients chez nous, on peut décider de la fermeture du compte.»

Fenêtres ouvertes. Quand une machine est sollicitée, ce n'est pas toujours le fait d'un piratage. Pour connaître à tout instant le nombre d'ordinateurs con nectés ou pour contrôler la qualité de leur service, les opérateurs interrogent régulièrement leur réseau. «Cela revient à faire le tour de la maison et regarder si les fenêtres sont ouvertes» explique Didier Gras, responsable sécurité chez Noos. Les opérateurs d'accès rapide insistent en choeur sur un point: le piratage de la machine de la maison n'est pas spécifique au haut débit. Selon Hervé Schauer, «un internaute connecté par modem 20 minutes par jour sera tout aussi vulnérable».


© Libération